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Les
Oiseaux de Passage |
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"Mouloudji nous revient grâce aux Oiseaux de
Passage"
Celui que ses amis appelaient
Moulou, se vantait constamment de ne rien faire alors qu'il ‚tait un
travailleur infatigable. Il est vrai que pour lui, écrire une dizaine de
romans, plusieurs centaines de chansons, faire l'acteur dans une vingtaine
de films, diriger une marque de disques et des séances d'enregistrement,
peindre des tableaux, donner des récitals un peu partout, ce n’était
pas du travail...: "C'est rigolo...", disait-il. Je lui en
voulais un peu de cette coquetterie qui ne faisait souvent qu'amplifier
auprès de l'opinion publique l'idée reçue que le travail d'artistes
surtout lorsqu'ils sont poètes, est un métier de feignant. Ce
"feignant" nous a laissé une mine de chansons-petits bijous. A
côté des plus connues, d'autres oubliées parce qu'il les a peu chantées...
Les Oiseaux de Passage, trois musiciens réunis autour d'un
chanteur, Alexandre L'Agodas, ont eu l'idée de fouiller dans ce répertoire
presque inédit et d'en faire un spectacle. Passé de la cordonnerie
artisanale à la chanson de rue avec orgue de Barbarie, puis au goût des
beaux textes jointe à l'envie de les chanter dans de vraies salles de
spectacles, Alexandre L'Agodas osa d'abord s'attaquer dans ce répertoire presque inédit et d'en faire un
spectacle. Pass‚ de la cordonnerie artisanale à la chanson de rue avec
orgue de Barbarie, puis au goût des beaux textes jointe à l'envie de les
chanter dans de vraies salles de spectacles, Alexandre L'Agodas osa
d'abord s'attaquer aux chansons pas faciles de Tristan Corbières que son
côté titi savait mettre en valeur. Puis, récemment, il a eu l'idée
d'apprivoiser les chansons de Mouloudji dont la veine de poésie à
essence éminemment populaire lui convient à merveille. Ses complices, de
gauche à droite sur la photo l'accordéoniste Thierry Bretonnet, le
guitariste Pascal Boumendel et à la gauche d'Alexandre, le
contrebassiste Jean-Louis Carlotti donnent les couleurs musicales
adéquates aux plumes de ces oiseaux dont le passage semble trop court.
M.V. (Janvier 1998)
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Marie-Thérèse
Orain |
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Je pense que vous la connaissez, depuis que j’en
ai parlé dans un précédent numéro de Chant’Essonne. Comédienne
autant que chanteuse, elle avait débuté avec Roger Pierre et Jean-Marc
Thibault, puis, c’est grâce à Patachou qui n’a pas conseillé que
Brassens, qu’elle fit son premier tour de chant. Se produisant dans
pratiquement tous les cabarets Rive Gauche, c’est à l’Ecluse
qu’elle avait rencontré
Photo X
Gribouille. Nous la vîmes ensuite à Bobino,
à l’Olympia…
Feuilletons dramatiques, films suivront, elle tourne
dans une cinquantaine de réalisations, sans oublier comédies musicales
et opérettes, enfin, c’est le tour de chant. Marie-Thérèse Orain,
c’est une grande interprète, une sacrée personnalité, un talent
exceptionnel.
"Gribouille ou l'éternel éphémère"
Mouron, Marie-Thérèse Orain, Bonzom
un trio d'artistes talentueux pour nous rappeler Gribouille
Gribouille, drôle de surnom
(Marie-France Gaité était à vrai dire son nom d’état civil) pour
cette jeune femme un peu garçonne, 
mais en réalité assez féminine. Une
Gribouille que j’avais vue dans l’ “après St Germain des Prés”
de la grande époque, du côté du quartier Latin à l’Echelle de Jacob,
puis plus tard à Bobino. Gribouille, c’était une certaine personnalité,
un amour de la scène, une présence indéniable lorsqu’elle interprétait
avec une profonde gravité dans la voix qu’elle avait belle et
chaleureusement timbrée, des chansons telles que “Mathias”,
“Grenoble”, “Elle t’attend” et autres petits chefs d’œuvres
d’une fine poésie dont la qualité d’écriture est proche d’une
Barbara, alors que Gribouille rêvait d’être un Brel au féminin. Hélas,
à cause d’une enfance difficile (née durant la guerre en 1941 à Lyon,
elle connut les maisons de correction et eut des relations conflictuelles
avec ses parents), elle était assez perturbée dans la vie, broyait
souvent du noir, prenait pas mal de tranquillisants, et, comme disait Jo
Moutet, son pianiste, “elle avait des moments d’exubérance suivis de
grandes dépressions”. A l’âge de 26 ans, après seulement 5 ans de
carrière et 35 enregistrements, la faucheuse l’a prise dans son lit à
la suite d’une overdose de barbituriques.
Alors, on a vite oublié Gribouille qui était promise
à une brillante carrière. Aussi, il faut remercier celle qui fut sa
meilleure amie, la comédienne chanteuse Marie-Thérèse Orain, pour nous
rappeler, en compagnie de Mouron et Bonzom le temps d’un spectacle joué
et chanté, qui était vraiment cette artiste exceptionnelle à travers
ses chansons. Après une première ébauche au Loup du Faubourg, notre
sympathique et talentueux trio (au départ il y avait aussi Pierre
Reggiani) a amélioré et peaufiné cet hommage à Gribouille en le présentant
avec des diapos où l’on voit Gribouille sur grand écran. Au total,
c’est une trentaine de chansons et de textes inédits. Hommage touchant
et rempli d’émotion. Marie-Thérèse Orain, Mouron, Bonzom ressuscitent
ainsi une Gribouille dont trop peu de gens connaissent les chansons. Dans
une mise en scène parfaite et avec l’aimable complicité de Philippe
Rondest, cette sympathique équipe nous fait revivre l’éternel éphémère
de Gribouille. Marie-Thérèse Orain, instigatrice de ce spectacle, a réalisé
par ailleurs un livre “Gribouille, je vais mourir demain”, dédiant également
à Gribouille “Une lettre ouverte à Pinpin” rassemblant 45 textes
enregistrés ou inédits et des photos de Claude Mathieu avec une préface
de Françoise Mallet Joris de l’Académie Goncourt. Marie-Thérèse
Orain, grâce à toi, Gribouille sera revenue sur le devant de la scène,
elle méritait bien cet hommage ô ! combien touchant.
J.R. (Décembre 2001)
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Marie-Thérèse Orain ou "L'Art de la Scène"
La chanson peut être un spectacle vivant en dehors
de l’écoute radiophonique et discographique; il en est peu toutefois
qui, telle Marie-Thérèse Orain, ont la faculté, la science et le
pouvoir d’interpréter les chansons d’une façon aussi théâtralement
vivante. Il s’agit bien là d’une comédienne exceptionnelle qui n’a
pas son pareil dans le paysage actuel de la chanson d’expression française.
Avec une parfaite maîtrise vocale, gestuelle à l’appui, et un sens inné
de la scène, Marie-Thérèse Orain va du rire aux larmes nous amuser avec
des pointes d’humour teintées d’ironie, nous attendrir ou nous émouvoir.
Il y a des moments irrésistibles de franche rigolade dans sa manière
d’interpréter “La chanteuse” et “Ma sœur” du regretté Jacques
Debronckart ou encore “Je m’assume” dont elle a assumé les paroles
sur une musique de Mouron; il y a des moments plus attendrissants ou émouvants
avec “Les femmes de ta
vie” d’Andrée Simons ou “Ostende” de Gribouille, deux chanteuses
disparues trop jeunes; il y a aussi
“L’amour et l’amitié” d’Henri Tachan, “Princesse” de Mouron
et Jean Pierre Lacot, “La chanson” de Nougaro et Michel Legrand et
autres titres choisis parmi les meilleurs d’une chanson de belle écriture;
enfin il faut complimenter également cette jeune pianiste d'origine
Angevine venue du classique, Céline Roulleau, laquelle accompagne
divinement Marie Thérèse Orain, délaissant le temps de quelques
chansons ses galas de brillante concertiste.
Comédienne et chanteuse, Marie-Thérèse Orain a arpenté à une certaine époque
“L’impasse de la fidélité” cette comédie musicale d’Alexandre
Breffort au côté de Patachou qui lui avait conseillé de se lancer dans
le tour de chant. On la vit sur scène avec Roger Pierre et Jean Marc
Thibault, fréquentant les cabarets de la rive gauche aujourd’hui
disparus; elle s’y produisit avec bonheur comme dans d’autres lieux de
la rive droite. On l’a applaudie sur les scènes de music-hall tels l’Olympia,
Bobino en compagnie de Brassens, Nicole Croisille, Anne Sylvestre, Les Frères
Ennemis…Il y a eu les pièces théâtrales, ses rôles au cinéma et à
la télévision et puis toutes ses opérettes célèbres où on la
remarquera également.
Dernièrement elle fut à l’origine d’un spectacle sur Gribouille, pour le trentième
anniversaire de la mort de la chanteuse, interprétant Gribouille au côté
de Mouron, Christophe Bonzom et Pierre Reggiani. Et puis finis les
cabarets d’antan et vivent les cafés chantants d’aujourd’hui pour
Marie-Thérèse Orain, qui a renoué avec le tour de chant depuis quelques
temps que ce soit à “Ailleurs”, “ Le Loup du Faubourg”, “le
Picardie” à Ivry, enfin “Le Limonaire” avec le succès que l’on
sait. Ces cafés et restaus qui ne sont sans lui rappeler justement le
temps des cabarets.
Il faut également
connaître cette artiste dans la vie de tous les jours. Ainsi je me
souviens, il y a une douzaine d’années, alors qu’elle avait accepté
de passer au “Bateau Ivre”, ce cabaret mythique aujourd’hui tombé
en léthargie où j’assurais la programmation, combien j’avais pu apprécier,
outre son énorme talent, sa gentillesse et la facilité à travailler
avec elle, et le côté attachant et sympathique d’une femme toujours prête
à vous rendre service, avec son franc parler n’engendrant pas la mélancolie,
respirant une joie de vivre qu’elle nous faisait partager. Une artiste
pareille méritait une plus grande notoriété et une considération égale
aux plus grands, mais à l’époque où nous vivons, ne nous étonnons de
rien, les talents ne sont reconnus à leur juste valeur qu’au regard des
véritables connaisseurs, et si Jean Paul Sartre écrivait “Nous
ne sommes qu’aux yeux des autres et c’est à partir du regard des
autres que nous nous assumons comme nous”, dans ce rôle qui lui
convient parfaitement et qui nous ravit, Marie-Thérèse Orain affirme
bruyamment sa condition de chanteuse comédienne et de femme de cœur.
D’ailleurs, n’a t’elle pas écrit “Je m’assume” et comment
donc, Marie-Thérèse !..
J.R. (Mars 2000)
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Hugues
Orti |
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